En bref
- L'échange des francs contre des euros à la Banque de France est clos depuis 2005 pour les pièces et depuis février 2012 pour les billets.
- Ce qui reste n'est plus une valeur monétaire mais une valeur métal, pour les pièces en argent et en or, ou une valeur de collection, pour une minorité de pièces et de billets.
- Les pièces courantes en aluminium, nickel ou cupronickel n'ont ni valeur métal exploitable ni valeur de collection : c'est le gros du volume trouvé dans les boîtes.
- Méfiez-vous des rachats au poids sans tri : c'est précisément la manière de perdre les rares pièces qui valaient mieux que leur métal.
La question revient chaque fois qu’on vide une maison : au fond d’un tiroir, une enveloppe de billets et une boîte de pièces en francs. La réponse tient en une ligne, et elle déçoit.
Il n’est plus possible de les échanger. La Banque de France a clos l’échange des pièces en 2005, puis celui des billets le 17 février 2012. Depuis, aucun guichet n’est tenu de les reprendre, et aucun ne le fait.
C’est un choix national : plusieurs pays de la zone euro ont conservé un échange sans limite de durée pour leurs anciennes coupures, la France avait fixé une échéance et s’y est tenue.
Ce qui ne veut pas dire que tout est perdu. Simplement, la question a changé de nature : il ne s’agit plus de monnaie, mais de métal et de collection.
Trois cas, et un seul est décevant
Les pièces en métal précieux. Argent et or. Elles conservent au minimum la valeur de leur contenu métallique, qui n’a rien à voir avec leur ancienne valeur faciale.
Les pièces et billets recherchés des collectionneurs. Une minorité, définie par le millésime, l’atelier, le tirage et surtout l’état.
Tout le reste. C’est-à-dire l’écrasante majorité du volume : les pièces courantes en aluminium, en nickel, en laiton de nickel ou en cupronickel des dernières décennies. Elles n’ont ni valeur métal exploitable ni valeur de collection, hors millésimes particuliers.
Cette répartition est la seule chose utile à savoir avant d’ouvrir la boîte. Elle explique aussi pourquoi un rachat « au poids » est presque toujours une mauvaise affaire : il traite les trois cas de la même manière.
Les pièces en argent : la vraie réserve
C’est le premier tri à faire, et il est rentable.
Plusieurs séries françaises en francs ont été frappées en argent véritable : les 5 francs Semeuse d’argent, les 10 et 50 francs Hercule, les 10 et 20 francs Turin, les 100 francs commémoratives en argent, et plus anciennement les pièces du système en francs argent du XIXᵉ siècle.
Ces pièces valent, au plancher, leur poids en argent fin selon le cours du jour. Ce plancher n’est pas symbolique : il représente souvent plusieurs fois ce qu’un non-initié imagine.
Comment les repérer sans se tromper ? Le poids et le diamètre suffisent presque toujours — la méthode est détaillée dans notre article sur la façon de reconnaître une pièce en argent. Les pièces argent d’une même valeur faciale sont sensiblement plus lourdes que leurs remplaçantes en cupronickel, et l’aimant ne prouve rien.
Certaines valent bien davantage que leur métal : millésimes à faible tirage, états proches du neuf, variantes. C’est pourquoi il faut regarder avant de vendre au poids. Nos repères sur la pièce de 5 francs en argent donnent une idée de l’écart entre une pièce ordinaire et une pièce recherchée.
Les pièces en or : à part
Les napoléons et autres pièces d’or en francs relèvent d’un autre marché, celui de l’or d’investissement. Elles se négocient à un prix directement lié au cours de l’or, augmenté ou diminué d’une prime qui varie selon la demande et le type de pièce.
Elles n’ont jamais cessé d’avoir un marché, et la fin de l’échange des francs ne les concerne pas. Le détail est traité dans notre article sur le napoléon or de 20 francs.
Les billets : l’état commande tout
Les billets en francs ont cessé d’avoir cours et ne sont plus remboursables. Leur seule valeur possible est celle que leur donnent les collectionneurs — et elle est très inégale.
Trois facteurs pèsent :
La série et la coupure. Les dernières séries, largement diffusées jusqu’à l’euro, ont été imprimées en très grands nombres. Elles sont communes. Les séries plus anciennes, retirées plus tôt, ont beaucoup moins survécu.
L’état. C’est le facteur dominant, et il est impitoyable. Un billet ayant circulé, plié en quatre, taché ou avec un angle manquant perd l’essentiel de sa valeur de collection, quel que soit son âge. Le vocabulaire employé pour la décrire est le même que pour les pièces : voyez l’échelle de cotation.
Les caractéristiques de tirage. Alphabet, numéro, date de création, signatures. Certains alphabets sont nettement plus rares que d’autres pour une même coupure.
Le détail par coupure est développé dans notre article sur la valeur des billets en francs.
Les cas particuliers qui font hésiter
Les francs qui ne sont pas français. Un billet ou une pièce libellés en francs ne sont pas nécessairement des francs français. Le franc suisse est une monnaie en cours, échangeable comme n’importe quelle devise dans un bureau de change. Le franc CFP, dans le Pacifique, et le franc CFA, en Afrique, existent toujours. Vérifiez l’émetteur avant de conclure que le papier ne vaut plus rien : c’est l’un des rares cas où l’échange reste possible.
Les monnaies antérieures au franc courant. Les pièces frappées avant les émissions modernes — écus, monnaies royales, pièces du XIXᵉ siècle — n’ont jamais relevé de l’échange contre l’euro. Elles relèvent entièrement du marché de collection, où l’ancienneté ne fait pas à elle seule la valeur : une pièce commune du XIXᵉ siècle vaut souvent moins qu’une pièce du XXᵉ dans un état exceptionnel.
Les coffrets et séries commémoratives. Les coffrets de la Monnaie de Paris vendus au moment de l’émission se revendent en général au-dessous de leur prix d’achat, sauf tirages faibles. Ce n’est pas un jugement sur la qualité de l’objet, seulement le constat d’une offre abondante.
Les pièces trouées, coupées ou percées. Un trou fait pour porter la pièce en pendentif la sort du marché de collection, quelle que soit sa rareté d’origine. Elle ne conserve que sa valeur métal, si elle en a une.
Ce qu’il ne faut surtout pas faire
Nettoyer, frotter, astiquer. C’est la manière la plus rapide de détruire ce qui avait de la valeur. Une pièce brillante mais rayée vaut moins qu’une pièce sale et intacte, et l’opération est irréversible. Le sujet mérite d’être lu en entier : ne nettoyez jamais une pièce de collection.
Repasser ou aplatir un billet. Même logique, aggravée : la chaleur marque le papier et se voit immédiatement.
Vendre le lot au poids sans l’avoir trié. Un acheteur au poids paie le métal. Il ne paiera pas la pièce rare qui se trouvait dans le lot, mais il la revendra.
Se fier à une annonce qui promet une fortune pour une pièce très commune. Les pages qui annoncent des sommes spectaculaires pour des pièces ordinaires visent le clic, pas l’exactitude. Le tirage se vérifie, et il tranche : notre article sur la façon de trouver le tirage d’une pièce explique comment.
La marche à suivre
- Séparer les pièces en métal précieux du reste, à la balance.
- Mettre à part les billets en bon état et les pièces dont le millésime ou l’aspect sort de l’ordinaire.
- Ne rien nettoyer.
- Faire estimer l’ensemble trié, en comparant au moins deux avis. Les circuits possibles, et ce que chacun prend au passage, sont détaillés dans notre article sur les endroits où vendre ses pièces.
- Décider ensuite seulement : vendre le métal, vendre les pièces de collection séparément, ou garder.
Reste le cas fréquent où le tri ne donne rien : quelques kilos de pièces courantes sans valeur. Elles n’en ont pas moins un intérêt documentaire — elles racontent un système monétaire disparu, dont on retrouve les grandes lignes dans notre article sur les monnaies avant l’euro. Certaines associations organisent des collectes de monnaies anciennes ; c’est souvent la meilleure sortie pour ce qui n’a plus de marché.
Questions fréquentes
Peut-on encore échanger des francs en euros ?
Non. La Banque de France a mis fin à l'échange des pièces en francs en 2005, puis à celui des billets le 17 février 2012. Depuis cette date, aucun guichet, aucune banque et aucune administration n'est tenu de les reprendre. Contrairement à certains pays de la zone euro qui ont retenu un échange sans limite de durée, la France avait fixé une date butoir.
Mes billets en francs ont-ils encore une valeur ?
Plus aucune valeur monétaire, parfois une valeur de collection. Elle dépend de la coupure, du millésime, de l'alphabet, et surtout de l'état : un billet plié, taché ou déchiré ne vaut presque rien même s'il est ancien. Les grandes coupures des dernières séries ont été imprimées en très grand nombre et restent communes.
Que faire des pièces en francs sans valeur ?
Il n'y a pas grand-chose à en tirer. Les pièces courantes en aluminium, en nickel ou en cupronickel n'ont pas de valeur métal exploitable et n'intéressent pas les collectionneurs, sauf millésimes rares. On peut les garder par attachement, les donner à une association qui organise des collectes, ou les faire valoir en lot auprès d'un numismate qui rachètera surtout les quelques pièces triées.
Une pièce en argent en francs a-t-elle encore de la valeur ?
Oui, au minimum celle de son métal. Les 5, 10, 50 et 100 francs en argent, ainsi que les Turin, contiennent de l'argent véritable et se négocient en fonction du cours et de leur poids en métal fin. Certaines valent nettement plus que leur métal si le millésime est rare ou l'état exceptionnel : il faut donc trier avant de vendre au poids.
Sources et méthode
- Communications de la Banque de France relatives à la fin de l'échange des francs
- Caractéristiques techniques des émissions monétaires françaises en argent et en or